Le Capitaine Fracasse ou vivre sa vie de théâtre

Cet article se veut un hommage à P. Léotard ; G. Hardy ; F. Joxe, compagnons du Théâtre du Soleil

P. Léotard, disparu en 2001 ;
Gérard Hardy, disparu en 2020
F. Joxe disparu en 202

 

Une universitaire brésilienne, Deolinda França de Vilhena, spécialiste passionnée du théâtre contemporain français a eu la belle idée de poster sur son compte Facebook un extrait d’un texte de Denis Bablet, consacré à une des premières représentations du Théâtre du Soleil mise en scène par Ariane Mnouckine, Capitaine Fracasse, pièce adaptée par Philippe Léotard du roman de cape et d’épée de Théophile Gautier 

(Bablet Denis et Marie-LouiseThéâtre du Soleil ou la quête du bonheur, diapolivre, Éditions du CNRS, Paris, 1979).

 Le roman de Théophile Gautier raconte l’histoire du baron de Sigognac, noble désargenté, confiné dans son château en ruine, qui après la rencontre avec une troupe d’acteurs ambulants, tout aussi désargentés que lui, abandonne son château pour les beaux yeux de la comédienne Isabelle et devient à son tour acteur sous le nom de Capitaine Fracasse.

  

Le post de cet extrait du livre du grand spécialiste de la scénographie et du décor que fut Denis Bablet a ravivé ma mémoire. Il a redonné une vie à une expérience théâtrale fondatrice qui fut la mienne. 

Philippe Léotard au, début des années 70,, à l'époque de l'écriture de l'adaptation u roman. :

Le texte de Léotard est fidèle à la trame et à l’esprit du roman.

Jeune comédien, j’ai fait partie de la distribution de la première version du Capitaine Fracasse, jouée à la MJC de Montreuil en1965. J’y interprétais le rôle de Hérode, le chef de la troupe itinérante de comédiens qui entraîne le Baron de Sigognac dans l’aventure théâtrale. 


1ere version : J.-Cl. Penchenat ; J.Caune (Hérode)

Une universitaire brésilienne, Deolinda França de Vilhena, spécialiste passionnée du théâtre contemporain français, a eu la belle idée de poster sur son compte Facebook un extrait d’un texte de Denis Bablet, consacré à une des premières représentations du Théâtre du Soleil mise en scène par Ariane Mnouchkine, Capitaine Fracasse, pièce adaptée par Philippe Léotard du roman de cape et d’épée de Théophile Gautier.

  Le roman de Théophile Gautier raconte l’histoire du baron de Sigognac, noble désargenté, confiné dans son château en ruine, qui après la rencontre avec une troupe d’acteurs ambulants, tout aussi désargentés que lui, abandonne son château pour les beaux yeux de la comédienne Isabelle et devient à son tour acteur sous le nom de Capitaine Fracasse.

  Jeune comédien, j’ai fait partie de la distribution de la première version du Capitaine Fracasse, jouée à la MJC de Montreuil en1965. J’y interprétais le rôle de Hérode, le chef de la troupe itinérante de comédiens qui entraîne le Baron de Sigognac dans l’aventure théâtrale. À la reprise, en 1966 au théâtre Récamier, je jouais le rôle d’Agostin, voleur de grand chemin, qui fraternise avec la troupe après avoir provoqué en duel le Capitaine Fracasse, joué par François Joxe qui vient de nous quitter.

De gauche à droite : F. Joxe ; J.-P Taillade ; G. Hardy; J. Caune ; J. Derenne ; J.-Cl. Penchenat ; M. Barcet ; Cl. Merlin

  Il m’a paru nécessaire de rappeler que ce spectacle d’Ariane Mnouchkine est la source des réalisations du Théâtre du Soleil qui ont marqué, et continue de marquer la vie théâtrale française et européenne. L’importance du Théâtre du Soleil, dirigé par d’Ariane Mnouchkine, se situe à la fois sur un plan esthétique et sur celui de la construction d’un public populaire qui a trouvé son espace de vie à la cartoucherie de Vincennes. C’est la raison qui m’ont conduit à publier un article sur mon site, jeancaune.fr 

À la reprise, en 1966 au théâtre Récamier, je jouais le rôle d’Agostin, voleur de grand chemin, qui fraternise avec la troupe après avoir provoqué en duel le Capitaine Fracasse, joué par François Joxe qui vient de nous quitter.

2eme version  : F.Joxe (Capitaine Fracasse) ; J. Caune (Agostin)

2eme version : J. Caune,(Agostin)

Il me paraît important de rappeler que ce spectacle d’Ariane Mnouchkine, est réalisé, à la suite de deux créations d’une jeune équipe issue du théâtre étudiant qu’elle animait, ( Gengis Khan de Henry Bouchaud) et Les petits bourgeois de Maxime Gorki). Les réalisations du Théâtre du Soleil ont marqué, et continue de marquer la vie théâtrale française et européenne.

L’importance du collectif du Théâtre du Soleil, dirigé par d’Ariane Mnouchkine, se situe à la fois  sur un plan esthétique et sur celui de la construction d’un public populaire qui a trouvé son espace de vie à la cartoucherie de Vincennes.

Ces deux faces — esthétique et éthique — sont irréductiblement liées, comme elles le sont dans toute grande entreprise théâtrale qui vise à rompre avec une esthétique traditionnelle pour trouver un nouveau public.

              A. Mnouchkine, en 1971

Pour ce qui est de l’esthétique, avec Le capitaine Fracasse, Ariane redonne une vie à une tradition du jeu de l’acteur qui trouve ses sources chez Jacques Copeau, avec la tradition du “Tréteau nu” ; de l’improvisation dans la construction du personnage et du jeu corporel. Cette dimension du jeu de l’acteur qui crée son espace d’expression a été également rénovée par Peter Brook avec sa conception de la notion de l’Espace vide (voir article du site WHY ?)

. Ariane s’inspire également de la tradition de Stanislavski. Non pour développer une esthétique naturaliste, comme l’a fait ce dernier, au début du XXe siècle, mais pour mettre en application concrète dans la formation du collectif qu’est une troupe, et du travail de l’acteur, les techniques conjuguées de la concentration psychique de l’acteur, de sa disponibilité physique et de son écoute.

Cette esthétique, initiée avec Le Capitaine Fracasse,, trouvera son apogée avec ces trois spectacles emblématiques que furent : La CuisineLes ClownsL’âge d’or.

Ce qui donne également à ce spectacle sa dimension fondatrice se trouve dans le noyau substantiel de l’adaptation de Philippe Léotard, l’imaginaire poétique de la performance théâtrale.

Je ne veux pas me priver du plaisir de rappeler ce qu’avait perçu, à l’époque, le critique théâtral Gilles Sandier cité dans l’ouvrage de Denis Bablet : 

« Ce spectacle m’a enchanté, comme une jolie histoire. J’aime, c’est vrai, le roman d’aventures où les aventuriers sont des comédiens, et le théâtre, l’aventure. Des comédiens ambulants, c’est vrai, pour qui aime le théâtre comme je crois l’aimer, sont des héros privilégiés. Qu’ils soient ceux des gravures de Callot, des romans de Scarron et de Théophile Gautier, ou du Carrosse d’or de Renoir, ces comédiens en quête des routes – celles qui mènent partout : au rêve, à l’amitié, à l’amour, à soi-même et aux autres – ces comédiens portent, avec la part du rêve, une étrange charge de poésie ».

Gilles Sandier, dans son ouvrage, Théâtre en crise. Des années 70 à 82, tire le « fil d’Ariane ».  Il dessine, à travers ses nombreuses critiques théâtrales parues dans la presse quotidienne et hebdomadaire ce que fut, l’itinéraire théâtral et les périodes successives qui ont marqué la vie théâtrale Française. La période épique, entamée, en 1970, avec 1789, La Révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur, crée au Piccolo Teatro de Milan dirigé par Georgio Strehler

Ce dernier accueille et soutient avec confiance la jeune troupe, qui s’installe ensuite à la Cartoucherie, ancien site militaire à l’abandon et isolé dans le bois de Vincennes, aux portes de Paris.

 1789, dans lequel la Révolution est montrée dans un dispositif scénique habité, non par les personnages historiques mais par les personnes anonymes qui l’ont réalisée sans savoir l’histoire qu’ils faisaient dans laquelle sont entraînés  les spectateurs dispersés.

Le Théâtre du Soleil conçoit d’emblée la Cartoucherie comme un lieu qui lui permet de sortir du théâtre comme institution architecturale,

 Ce spectacle comme celui qui suivra, 1793, mettent en évidence une constante de l’esthétique du théâtre du Soleil, celle où chaque spectacle génère sa propre scénographie et un rapport singulier avec le spectateur.

                   1793

Pour Mnouchkine, c’est à partir des règles du jeu théâtral que peut s’élaborer le le théâtre le plus authentiquement populaire comme elle l’a fait pour L’âge d’or avec la  Commedia dell’arte ou le théâtre d’extrême orient avec   Richard II et les Shakespeare.

         Richard II où l'Orient rêvé

Comme l’écrivait Sandier, dans les années 1980, « Le Théâtre du Soleil demeure la pierre angulaire de ce temps ».

Richard II, photo de Martine Franck, productions du Théâtre du Soleil

Et pour clore cet article, rien de mieux que de citer Ariane Mnouchkine ;

Le théâtre est fait pour raconter des histoires vraies. Même imaginaires mais vraies. »
« Quand un spectacle raconte une histoire vraie et importante ce n'est pas seulement un témoignage c’est aussi une participation à l’Histoire. »

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